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Qu'est ce que l'amour sinon une grande illusion, peut-être la plus grande irraison de l'humanité ? On nous envoie à grand coups de poings des images et des musiques qui nous bercent et nous versent dans des fleuves où l'on se noit, dans des fleuves où l'on sort pour s'y replonger à nouveau, comme une soif à combler immédiatement. Rien ne peut nous en séparer, rien ne peut nous dissuader d'y boire. Plus les heures passent, plus cette soif nous envahit, jusqu'à en mourir. Mourir de soif. Mourir d'amour.
Comment un coeur peut-il être si influençable ? En quoi l'amour est une force formidable, peut-être plus que n'importe quelle autre force ?
Voyez la vie d'un homme. Voyez sa frustration face aux murs qui délimitent sa vie. Face à ce qu'il sait ne pas savoir. Face au temps qui le sculpte. Face au vide. L'Homme porte cette douleur au ventre, cette nausée qui reste telle une pierre posée au fond de lui. Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Et quel est cet ici ? D'où vient-il ? Où nous amène-t-il ? Tant de questions qui arrachent des hurlement à la conscience, de savoir qu'on ne saura jamais, que nous ne sommes finalement que des êtres limités, au contours flous qu'on ne sait pas dessiner. Ne nous attardons pas sur ce sujet, sur ces questions inutiles qui, en cherchant à y répondre, nous troubleraient finalement.
Ces questions, ces frustrations face à ces limites évoquées créent une douleur en nous qui s'apparente au vide. Finalement vide de toute réponse, de tout but absolument concret, définitif, l'Homme cherche un sentiment aussi fort que la douleur de l'ignorance est terrible.
Les contradictions sont légitimes puisqu'elles s'équilibrent et amènent à un semblant de vie moins pesante que sans elles. Or seule une passion peut masquer une extrême douleur. Qu'elle soit vécue ou platonique, elle masque une douleur plus profonde encore, et peut même devenir illusoirement plus extrême. La passion est un rêve. La passion est une illusion qui naît du désir. Le désir est réel. Trop réel. Trop triste. Quelle tristesse pour l'Homme de s'apparenter à un simple animal qui doit satisfaire ses désirs ! Non, l'Homme se croit bien plus grand puisque qu'il a la faculté de croire. N'est ce pas plus agréable d'imaginer possible une passion éternelle ? Une force parfaitement humaine, si pure et si perçante qu'elle pourrait transgresser la mort et perdurer dans une métaphysique qui nous montre finalement une face attirante, une face qu'on pense contrôler.
Mais de cette illusion résulte un coup plus fort encore que ceux que l'ignorance nous porte.
Pour la première fois, on s'imagine être plus grand que la vie, on s'imagine toucher du bout de l'index une force invisible, mystérieuse et palpitante et s'approprier ses pouvoirs.
Le rêve se construit, on vit en lui, on est bercé par un espoir ridicule qui nous ouvre le corps entier, nous dissèque sans nous refermer et nous laisse ainsi aux yeux de tous, honteux et ridicule de s'être laissé mangé par ses pensées, finalement par soi-même, par son propre espoir, sa propre imagination.
Puis on replonge dans le fleuve. Quitte à nous bouffer, c'est le seul qui soit capable de nous éloigner de la réalité pourtant si mystérieuse. Laissons-nous bercer. Laissons-nous couler. Puisqu'on finit tous par se noyer, d'une façon ou d'une autre.


texte : 11h30am Photo: Jane Birkin

# Posted on Tuesday, 28 July 2009 at 7:28 PM

Edited on Tuesday, 28 July 2009 at 7:58 PM

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Ivresses momentanées
De pensées élastiques
Qui s'évadent puis se brisent
Dans des idées fânées

Vous qui souhaiteriez vivre
N'osez jamais rêver
Dans ce monde aimanté
Où tout le monde s'attire

Monotonie flambante
Que tu es belle d'aigreur !
Ton art est si mineur
Et ton minois me hante

J'aimerais t'embrasser
Te croquer, te manger
Car ton style n'a de goût
Que pour mes dents de loup

# Posted on Sunday, 05 July 2009 at 5:29 PM

Péripéties d'un angora, d'un bricoleur, d'une girafe, d'un photocopieur et de Philibert

....Une nuit ensoleillée, sous un parasol enflammé par la tiédeur des buissons, un arrogant angora se suçait le museau quand un bricoleur survint. L'angora sursauta à la senteur de cet individu rouillé puis continua à se ronger les dents. Le bricoleur l'interrompit :
"Est-ce ici le sursis de la cire ?" siffla-t-il.
"Pour ainsi dire" signala l'angora.
Et le bricoleur partit, soucieux d'un si signifiant dérangement.
Dès la minute suivant ce déchirant départ, l'angora décida de cesser de sucer son museau. Il se perdit dans ses pensées. Après un quart d'heure de réflexion intellectuelle poussée, une ampoule illuminée apparut au-dessus de son crâne : s'il continuait à sucer son museau, celui-ci finirait par disparaître. L'ambition de l'angora n'étant pas de ressembler à Mickael Jackson, il s'assura de ne plus le sucer.

....Au même moment, chez la girafe, un drame se produisait: celle-ci venait d'emménager dans un coquet appartement du 50e arrondissement de Pouris et ne pouvait se déplacer d'une pièce à l'autre sans se baisser exagérément. Un voleur avait décidé de vider l'appartement de la girafe. Non seulement celui-ci mourrut d'une chute après avoir escaladé le meuble de télévision pour voler l'objet carré, mais la girafe elle-même se cassa le coup et perdit la tête contre l'encadrement de sa porte : en prenant peur, elle avait oublié de se baisser en s'enfuyant.
Personne ne put appeler les secours. Ni pour punir le voleur qui de toute façon n'existait plus, ni pour sauver la girafe qui n'existait pas plus que le voleur.
Un mois plus tard, un photocopieur découvrit des os éparpillés le long des murs. Son intuition lui fit dire que les cadavres avaient pris la décision de se diviser et de toquer aux murs pour alerter le voisinage avant qu'ils ne se décomposent. Le voleur et la girafe étaient généreux. Ils ne voulaient pas que les voisins d'à côté soient contraints de supporter l'odeur de leur cadavre. Plus le temps passait, plus l'odeur était exagérée, et plus les os tapaient aux murs. Mais le voisinage était essentiellement composé de personnes âgées. Personne n'entendit les pauvres os. Sauf le photocopieur. Qui n'avait rien à faire là d'ailleurs. Toujours est-il qu'il était là, devant les os alignés comme une armée. Ils avaient malheureusement fini par se laisser mourir de rebellion. Après tout, qu'importe pour eux qu'autrui soit intoxiqué par leur odeur puisqu'ils étaient de toute façon cruellement insensibles à leurs tapages.

....Seize jours avant le cambriolage, la girafe se séparait de son compagnon Philibert qui exerçait le métier de roi d'Argambie. Celui-ci faisait le tour du monde chaque jour et tout le jour en avion rapide pour rejoindre son bureau. L'Argambie n'existait pas. Il ne pouvait donc pas trouver le pays qu'il gouvernait et encore moins son bureau. C'était une farce de la girafe. Philibert avait un poil dans la main si grand qu'il lui arrivait de marcher dessus et de l'arracher. Mais il repoussait toujours. Un jour, la girafe l'assomma d'insultes totalement fondées. Elle remettait en cause son attrait pour la farniente. Philibert, n'étant pas du genre à se laisser faire, répliqua à l'aide de phrases judicieusement sélectionnées : il était son mari et elle était sa femme. Vous remarquez ici son grand sens de l'observation, accompagné d'ailleurs d'un sens plus aigü encore de la déduction : puisqu'il était son compagnon, il se devait de diriger sa compagne. Et puisqu'elle était sa compagne, elle se devait de ne rien dire. Puisqu'il avait de toute façon raison, c'est lui qui déterminait les règles. Il était le roi de la maison. La girafe fort amusée lui répliqua qu'il était surtout le roi d'Argambie. C'était une moquerie, bien entendue. Mais Philibert, dans sa soif de grandeur nourrie par son intelligence crut la girafe sur parole et partit dès le matin suivant à la recherche de l'Argambie. Puis chaque matin pendant quinze ans. Jusqu'à ce que la girafe se rende compte de l'excessive folie de son compagnon et qu'elle se sépare de celui-ci, il y a donc seize jours. La girafe était enfin sereine sans Philibert. Elle ne put en profiter très longtemps puisqu'elle mourut seize jours après.

....L'angora ne sourit plus. Il a peur du vide et peur du monde à la fois. Son museau a disparu tant il l'a sucé. Le temps passe et il s'est accroché à une espérance, à un rêve aveuglant d'enfant. Il pleure. Il est vide sans son museau qui ne repoussera jamais. La cire n'est plus en sursis. Elle est définitivement emprisonnée dans les souvenirs de l'angora. Plus jamais la cire ne collera son museau. Cette cire imaginaire fabriquée de détermination et d'aveuglement. L'enfance s'en va et ne revient jamais sinon dans les pensées. Et jamais ne reviendra le bricoleur. D'ailleurs où est-il, ce bricoleur ? Et ne pourrait-il pas recoller le museau de l'angora ? Le bricoleur est analyste et futé. S'il recolle le museau, l'angora redeviendra enfant. L'angora doit grandir. L'angora doit vivre. L'angora doit mourir. Si ce n'est la folie en elle-même qui nous détruit, c'est bien la mort qui nous méprise le moins pour être la seule à pouvoir nous arracher de la vie. Cette vie, vaine étourderie. Vaine escroquerie pour laquelle on cherche un sens sans jamais en trouver un.


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Texte : 11h30am© - début d' "histoire". Surréaliste. (Etait-ce utile de préciser ?)
Photo : moi par Ka
Péripéties d'un angora, d'un bricoleur, d'une girafe, d'un photocopieur et de Philibert

# Posted on Tuesday, 11 November 2008 at 7:01 PM

Edited on Sunday, 20 December 2009 at 6:17 PM

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Il est un idéal
Qui survole nos idées dans nos vagues nuptiales
Clamant un rêve bleu qui laisse un bleu à l'âme
Une illusoire lame qui cisaille nos larmes
Et tranche les étoiles par des armées de flammes

Désarmés sont les charmes de nos paradis pâles
Qui dans trop de vacarme ne se montrent que dames
D'une banale histoire d'une spirale cérébrale
Qui mange, vaine fringale, des pensées picturales

Et quel drame !
Les douces pensées nuptiales ne sont plus matinales
Elles ancrent dans le coeur de notre âme abyssale
Une cathédrale de rêves aux folies théâtrales
Artificiel bonheur qu'on croit transcendantal

Ne fabulez plus. L'irréel, habile chacal
Qui de désillusions embaume les carnavals
Masqués par les rires du fielleux animal
Est bien tant ennemi qu'ami de l'idéal



Texte : 11h30am© - Photo : moi par Karima
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# Posted on Monday, 27 October 2008 at 3:48 PM

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Les feuilles courent sur la route
Le vent souffle sur elles
Que valent-t-elle sinon rien ?
Elles sont balayées
Pour aller où ?
Pour courir encore et encore
Etre balayées encore et encore
Quel est le but ?
Et qui est le vent ?
Qui est cet être sinon le néant ?
Les feuilles s'essouflent
Se fissurent et se rassurent
Se relèvent
Puis retombent sans blessure
Dans un cycle infini
Mort, vie
Chemin continu
Routine aigüe
But rapé
S'éffilochant d'indécisions
Quelle fatalité
Quelle tristesse
A trop fouiller dans ses pensées
On en perd sa vie et ses richesses
On en écoule ses temps
Sans jamais ouvrir l'oeil
Courir après le vide
Courir après le vent
Balayé dans l'oubli
C'est de toute façon
Le sort de chaque vie

Texte et dessin : 11h30am©
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# Posted on Friday, 17 October 2008 at 4:15 PM

Edited on Tuesday, 11 November 2008 at 6:39 PM