....Une nuit ensoleillée, sous un parasol enflammé par la tiédeur des buissons, un arrogant angora se suçait le museau quand un bricoleur survint. L'angora sursauta à la senteur de cet individu rouillé puis continua à se ronger les dents. Le bricoleur l'interrompit :
"Est-ce ici le sursis de la cire ?" siffla-t-il.
"Pour ainsi dire" signala l'angora.
Et le bricoleur partit, soucieux d'un si signifiant dérangement.
....Dès la minute suivant ce déchirant départ, l'angora décida de cesser de sucer son museau. Il se perdit dans ses pensées. Après un quart d'heure de réflexion intellectuelle poussée, une ampoule illuminée apparut au-dessus de son crâne : s'il continuait à sucer son museau, celui-ci finirait par disparaître. L'ambition de l'angora n'étant pas de ressembler à Mickael Jackson, il s'assura de ne plus le sucer.
....Au même moment, chez la girafe, un drame se produisait: celle-ci venait d'emménager dans un coquet appartement du 57e arrondissement et ne pouvait se déplacer d'une pièce à l'autre sans se baisser exagérément. Un voleur avait décidé de vider l'appartement de la girafe. Non seulement le voleur mourut d'une chute après avoir escaladé le meuble de télévision pour voler l'objet carré, mais la girafe elle-même se cassa le coup et perdit la tête : en prenant peur, elle avait oublié de se baisser en s'enfuyant.
Personne ne put appeler les secours. Ni pour punir le voleur qui de toute façon n'existait plus, ni pour sauver la girafe qui n'existait pas plus que le voleur.
....Un mois plus tard, un photocopieur découvrit des os éparpillés le long des murs. Son intuition lui fit dire que les cadavres avaient pris la décision de se diviser et de toquer aux murs pour alerter le voisinage avant qu'ils ne se décomposent. Le voleur et la girafe étaient généreux. Ils ne voulaient pas que les voisins d'à côté soient contraints de supporter l'odeur de leur cadavre. Plus le temps passait, plus l'odeur était exagérée, et plus les os tapaient aux murs. Mais le voisinage était essentiellement composé de personnes âgées. Personne n'entendit les pauvres os. Sauf le photocopieur. Qui n'avait rien à faire là d'ailleurs. Toujours est-il qu'il était là, devant les os alignés comme une armée. Ils avaient malheureusement fini par se laisser mourir de rebellion. Après tout, qu'importe pour eux qu'autrui soit intoxiqué par leur odeur puisqu'ils étaient de toute façon cruellement insensibles à leurs tapages.
....Seize jours avant le cambriolage, la girafe se séparait de son compagnon Philibert qui exerçait le métier de roi d'Argambie. Celui-ci faisait le tour du monde chaque jour et tout le jour en avion rapide pour rejoindre son bureau. L'Argambie n'existait pas. Il ne pouvait donc pas trouver le pays qu'il gouvernait et encore moins son bureau. C'était une farce de la girafe. Philibert avait un poil dans la main. Si grand qu'il lui arrivait de marcher dessus et de l'arracher. Mais il repoussait toujours. Un jour, la girafe l'assoma d'insultes totalement fondées. Elle remettait en cause son attrait pour la farniente. Philibert, n'étant pas du genre à se laisser faire, répliqua à l'aide de phrases judicieusement sélectionnées : il était son mari et elle était sa femme. Vous remarquez ici son grand sens de l'observation, accompagné d'ailleurs d'un sens plus aigü encore de la déduction : puisqu'il était son compagnon, il se devait de diriger sa compagne. Puisqu'elle était sa compagne, elle se devait de ne rien dire. Puisqu'il avait de toute façon raison, c'est lui qui déterminait les règles. Il était le roi de la maison. La girafe fort amusée lui répliqua qu'il était surtout le roi d'Argambie. C'était une moquerie, bien entendue. Mais Philibert, dans sa soif de grandeur nourrie par son intelligence crut la girafe sur parole et partit dès le matin suivant à la recherche de l'Argambie. Puis chaque matin pendant quinze ans. Jusqu'à ce que la girafe se rende compte de l'excessive folie de son compagnon et qu'elle se sépare de celui-ci, il y a donc seize jours. La girafe était enfin sereine sans Philibert. Elle ne put en profiter très longtemps puisqu'elle mourrut seize jours après.
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Texte : 11h30am© - début d' "histoire". Surréaliste. (Etait-ce utile de préciser ?)
Photo : moi par Ka
"Est-ce ici le sursis de la cire ?" siffla-t-il.
"Pour ainsi dire" signala l'angora.
Et le bricoleur partit, soucieux d'un si signifiant dérangement.
....Dès la minute suivant ce déchirant départ, l'angora décida de cesser de sucer son museau. Il se perdit dans ses pensées. Après un quart d'heure de réflexion intellectuelle poussée, une ampoule illuminée apparut au-dessus de son crâne : s'il continuait à sucer son museau, celui-ci finirait par disparaître. L'ambition de l'angora n'étant pas de ressembler à Mickael Jackson, il s'assura de ne plus le sucer.
....Au même moment, chez la girafe, un drame se produisait: celle-ci venait d'emménager dans un coquet appartement du 57e arrondissement et ne pouvait se déplacer d'une pièce à l'autre sans se baisser exagérément. Un voleur avait décidé de vider l'appartement de la girafe. Non seulement le voleur mourut d'une chute après avoir escaladé le meuble de télévision pour voler l'objet carré, mais la girafe elle-même se cassa le coup et perdit la tête : en prenant peur, elle avait oublié de se baisser en s'enfuyant.
Personne ne put appeler les secours. Ni pour punir le voleur qui de toute façon n'existait plus, ni pour sauver la girafe qui n'existait pas plus que le voleur.
....Un mois plus tard, un photocopieur découvrit des os éparpillés le long des murs. Son intuition lui fit dire que les cadavres avaient pris la décision de se diviser et de toquer aux murs pour alerter le voisinage avant qu'ils ne se décomposent. Le voleur et la girafe étaient généreux. Ils ne voulaient pas que les voisins d'à côté soient contraints de supporter l'odeur de leur cadavre. Plus le temps passait, plus l'odeur était exagérée, et plus les os tapaient aux murs. Mais le voisinage était essentiellement composé de personnes âgées. Personne n'entendit les pauvres os. Sauf le photocopieur. Qui n'avait rien à faire là d'ailleurs. Toujours est-il qu'il était là, devant les os alignés comme une armée. Ils avaient malheureusement fini par se laisser mourir de rebellion. Après tout, qu'importe pour eux qu'autrui soit intoxiqué par leur odeur puisqu'ils étaient de toute façon cruellement insensibles à leurs tapages.
....Seize jours avant le cambriolage, la girafe se séparait de son compagnon Philibert qui exerçait le métier de roi d'Argambie. Celui-ci faisait le tour du monde chaque jour et tout le jour en avion rapide pour rejoindre son bureau. L'Argambie n'existait pas. Il ne pouvait donc pas trouver le pays qu'il gouvernait et encore moins son bureau. C'était une farce de la girafe. Philibert avait un poil dans la main. Si grand qu'il lui arrivait de marcher dessus et de l'arracher. Mais il repoussait toujours. Un jour, la girafe l'assoma d'insultes totalement fondées. Elle remettait en cause son attrait pour la farniente. Philibert, n'étant pas du genre à se laisser faire, répliqua à l'aide de phrases judicieusement sélectionnées : il était son mari et elle était sa femme. Vous remarquez ici son grand sens de l'observation, accompagné d'ailleurs d'un sens plus aigü encore de la déduction : puisqu'il était son compagnon, il se devait de diriger sa compagne. Puisqu'elle était sa compagne, elle se devait de ne rien dire. Puisqu'il avait de toute façon raison, c'est lui qui déterminait les règles. Il était le roi de la maison. La girafe fort amusée lui répliqua qu'il était surtout le roi d'Argambie. C'était une moquerie, bien entendue. Mais Philibert, dans sa soif de grandeur nourrie par son intelligence crut la girafe sur parole et partit dès le matin suivant à la recherche de l'Argambie. Puis chaque matin pendant quinze ans. Jusqu'à ce que la girafe se rende compte de l'excessive folie de son compagnon et qu'elle se sépare de celui-ci, il y a donc seize jours. La girafe était enfin sereine sans Philibert. Elle ne put en profiter très longtemps puisqu'elle mourrut seize jours après.
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Texte : 11h30am© - début d' "histoire". Surréaliste. (Etait-ce utile de préciser ?)
Photo : moi par Ka